Définir son offre — de la confusion à la clarté
Si tu te lances, tu vas connaître ce moment précis. Quelqu'un te demande "tu fais quoi exactement ?" et tu te retrouves à improviser une réponse fleuve qui n'explique rien. Moi je répondais : "Je m'occupe de l'informatique des entreprises — je fais à peu près tout."
Ce n'est pas une offre. C'est une panique déguisée en polyvalence. Et tant que tu n'as pas réglé ce problème, tu n'auras pas de clients — pas parce qu'on ne veut pas de toi, mais parce qu'on ne sait pas ce qu'on achète.
Le piège du catalogue exhaustif
Ma première tentative était logique sur le papier. J'ai listé tout ce que je savais faire. J'ai regroupé en catégories. Résultat : six grandes familles, plus d'une dizaine de services par famille, des tarifs conditionnels partout — "selon le volume", "à partir de", "sur devis selon la complexité".
C'était propre. C'était professionnel. C'était totalement inutilisable.
Parce qu'un gérant de PME qui te demande "combien ça coûte ?" n'a pas envie de naviguer dans un tableau à six entrées. Il veut une réponse. Et moi, je n'en avais pas.
J'avais construit un catalogue pour me rassurer moi — pas pour convaincre quelqu'un d'autre.
Cette erreur, je la vois chez beaucoup de profils techniques qui se lancent. On confond exhaustivité et clarté. On pense que montrer toute l'étendue de ses compétences inspire confiance. C'est l'inverse : ça projette de l'amateurisme, parce qu'aucune vraie entreprise structurée ne propose autant de choses à la fois.
La question qui change tout
Le déclic est venu en arrêtant de me demander "qu'est-ce que je sais faire ?" pour me demander à la place : "qu'est-ce que mon client veut ne plus avoir à gérer ?"
La réponse était évidente. Un gérant de PME sans DSI interne ne veut pas gérer l'informatique. Point. Il veut que ça marche, et quand ça ne marche pas, il veut appeler quelqu'un de confiance qui règle le problème.
À partir de là, l'offre s'est construite seule. Plus de catalogue. Trois packages clairs, segmentés par taille d'entreprise, où je m'occupe de tout de A à Z. Pour les structures légères : Forfait Essentiel. Pour les PME avec infrastructure : Forfait Business. Pour les PME structurées : Forfait Premium. Chaque forfait a un prix de base public, un contenu défini, une cible précise.
Renoncer à proposer certains services, je pensais que ce serait douloureux. Ça a été un soulagement. Quand on s'autorise à ne pas tout proposer, on arrête de se disperser — et les gens en face comprennent enfin.
Le modèle économique réel
Maintenant, la partie que personne ne partage en clair. Voici les chiffres derrière l'offre Switchtech, tels que je les ai construits pour viser un objectif de 20 clients sur 12 mois.
Modèle économique cible — 20 clients
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Revenu moyen
par client |
~1 000 €/mois HT |
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Nombre de
clients visé |
20 |
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Chiffre
d'affaires mensuel |
20 000 € |
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Coûts
d'outillage mutualisés |
~1 100 €/mois |
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Temps de
travail estimé |
10 jours/mois |
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Marge brute
mensuelle |
~18 900 € |
Trois choses méritent d'être commentées sur ces chiffres.
D'abord, le revenu moyen par client à 1 000 €/mois n'est pas un prix de tête. Il vient du Forfait Business qui constitue la cible principale — environ 450 € HT de base pour 5 postes, plus 50 € par poste supplémentaire au-delà, plus les options classiques type Microsoft 365 managé. Sur un client à 8–10 postes avec Microsoft 365, on atteint le palier des 1 000 €/mois sans difficulté.
Ensuite, les coûts mutualisés à 1 100 €/mois couvrent tout ce qui tourne en permanence — outils de supervision, hébergement, ticketing, sauvegardes, sécurité, licences techniques. Le coût marginal pour ajouter un client supplémentaire est très faible, peut-être 30 à 50 € de licences clientes. C'est la beauté du modèle MSP : les outils sont mutualisés, l'expertise est mutualisée.
Enfin, le temps de travail à 10 jours par mois pour 20 clients — soit environ une demi-journée par client par mois — c'est ce qui rend ce modèle compatible avec un CDI à temps plein dans la durée. Pas juste au démarrage. C'est ce qui change tout dans le calcul personnel.
Pourquoi ce modèle tient
Le moteur du modèle, c'est que dans l'infogérance bien faite, la majorité du travail est automatisée ou supervisée à distance. Une PME bien configurée — sauvegardes en place, supervision active, sécurité posée, documentation à jour — génère peu de tickets en moyenne. Le coût réel d'un client par mois, en temps actif, c'est quelques heures pour les revues, les rapports, et les interventions ponctuelles.
Ce qui consomme du temps, c'est l'onboarding du client et les périodes de projet. Pas le maintien en condition opérationnelle. C'est ce qui permet le scaling — passer de 5 à 20 clients ne multiplie pas le temps de travail par 4, parce que la part fixe est largement absorbée par les premiers clients.
Évidemment, ces chiffres restent une cible. Je n'ai pas encore 20 clients quand j'écris ces lignes. Je les ajusterai au fur et à mesure que les premiers contrats arrivent. C'est l'un des intérêts de cette série : on verra ensemble ce qui tient et ce qui doit être révisé.
Ce que je te conseille concrètement
Si tu structures ton offre en ce moment, voici les trois principes qui m'ont débloqué.
Premièrement, pars du client, pas de tes compétences. Tu sais peut-être faire vingt choses. Ton client ne veut acheter qu'une seule chose : la tranquillité. Ton offre doit lui vendre ça, pas un menu à la carte.
Deuxièmement, mets des prix publics, même imparfaits. Mieux vaut un tarif que tu ajustes après six mois qu'une mention "sur devis" qui décourage 80% des prospects. Les gens veulent savoir avant de te contacter s'ils sont dans ta gamme.
Troisièmement, fais le calcul à l'envers. Combien tu veux gagner ? Combien tu peux gérer de clients sans perdre la qualité ? Quel prix par client ça impose ? Si le résultat est en-dessous du marché, retravaille la cible. Si c'est au-dessus, retravaille le contenu. Mais ne fixe jamais tes prix par comparaison aveugle avec les concurrents — tu n'as pas leur structure de coûts ni leur volume.
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Le prochain article rentre dans le concret du site internet. Comment j'ai abandonné Framer après plusieurs jours de galère, basculé sur WordPress + Kadence en auto-hébergement sur Cloudron, et obtenu en deux semaines un résultat que je n'aurais pas eu en payant une agence. Avec la stack complète, les coûts réels, et les pièges à éviter.
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